Juste une image…

C’est Fabrice Luchini qui parle… «J’ai fait une première lecture de textes et poèmes de Victor Hugo devant le public en juin 2021, dans les jardins de la Maison de Chateaubriand. Contrairement à la phrase d’André Gide, pourtant fin analyste, « Quel est le plus grand poète français ? Victor Hugo, hélas », il y a pour moi des éblouissements dans les écrits de Victor Hugo qui dépassent l’artisan doué, et des bonheurs d’écriture qui surgissent de sa création très féconde. »
Et le comédien d’ajouter : « Parallèlement au spectacle sur La Fontaine et le confinement que je joue depuis 2022, j’ai eu envie de revenir à cet exercice plus austère, afin de proposer au public une pure lecture de textes, et notamment le sublime Booz endormi, que Marcel Proust définissait comme le plus beau du 19ème siècle, des poèmes sur la mort de sa fille ou des commentaires d’écrivains comme Charles Baudelaire et Charles Péguy sur Victor Hugo. La lecture démarre au moment de son exil à Jersey et Guernesey, et évoque notamment la mort de sa fille Léopoldine… »
Du côté du grand écran, Fabrice Luchini était moins présent ces temps derniers. Il est apparu dans Marcello Mio (2024) de Christophe Honoré, jouant son propre rôle puis, l’an dernier, en archéologue dans le modeste Secret de Khéops de Barbara Schultz ou encore dans Natacha (presque) hôtesse de l’air où Noémie Saglio lui confia le rôle du narrateur…
On attend donc le retour de l’acteur du Genou de Claire (1970), La discrète (1990), Le colonel Chabert (1994), Rien sur Robert (1998), Les femmes du 6e étage (2011), Alceste à bicyclette (2013), L’hermine (2015) ou La petite (2023) avec une certaine impatience. Ce retour, Luchini le fera, le 11 mars sur les écrans français, dans Victor comme tout le monde, un film de Pascal Bonitzer écrit par la comédienne et réalisatrice Sophie Fillières, disparue à l’été 2023 à l’âge de 58 ans. Fabrice Luchini lui dédie d’ailleurs son travail au théâtre sur Hugo.
Déjà à l’affiche depuis le 18 février comme réalisateur de Maigret et le mort amoureux, Pascal Bonitzer raconte, ici, l’histoire de Robert Zucchini, un comédien habité par Victor Hugo, qui traîne une douce mélancolie lorsqu’il n’est pas sur scène. Chaque soir, il remplit les salles en transmettant son amour des mots. Jusqu’au jour où réapparaît sa fille, qu’il n’a pas vue grandir… Et si aimer, pour une fois, valait mieux qu’admirer ?
Lorsqu’on propose à Sophie Fillières de travailler sur Victor Hugo, elle s’est méfiée de la mauvaise idée : un nouveau biopic en costume d’un monument intouchable de la littérature française, avec ses grands passages obligés, ses reconstitutions corsetées, ses performances d’acteurs mimétiques, non merci… L’attachement de Luchini au projet fera que Sophie Fillières s’attellera à la tâche d’autant, dit-elle, que « spécialiste sensible de l’œuvre de Victor Hugo, dont il émaille ses spectacles au théâtre, qu’il a souvent dite sur scène, Fabrice n’avait pas, lui non plus, l’intention d’incarner le célèbre romancier dans un biopic conventionnel. Il imaginait une forme plus libre et audacieuse, qui passerait par son propre corps, par son métier d’acteur et son rapport à la scène. »
Sur cette base, elle a donc imaginé le portrait d’un acteur célèbre dont le quotidien routinier, partagé entre ses représentations théâtrales et sa vie conjugale, établie dans la complicité et l’intelligence mais peut-être un peu terne, se verrait bousculer par l’apparition d’une fille longtemps inconnue. Victor comme tout le monde est ainsi l’histoire d’un acteur qui aurait consacré son existence à son métier, au risque de s’y perdre, et qu’un accident heureux du destin ramènerait à la vie, à la tendresse, à l’ouverture à l’autre…
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