Juste une image…

C’est en visitant le Cocodrilo Park sur l’île espagnole de Gran Canaria et en découvrant les fosses à crocodiles que le cinéaste français Guillaume Nicloux a eu l’idée de son 18e long-métrage, affirmant que Le crocodile de la mort réalisé en 1977 par Tobe Hooper a rejailli d’un coup dans ses souvenirs…
Accompagnée de son amie Chloé, Romy se rend aux Canaries pour mixer lors d’une soirée techno. Au petit matin, son amie a disparu. Aidée de Vincent, le patron du night-club, Romy se lance à la recherche de Chloé…
« C’est l’histoire d’une disparition, explique le cinéaste. Romy et Chloé partent ensemble quelques jours mais cette dernière disparait lors d’un concert. À cause de cette perte brutale, Romy plonge peu à peu dans un flux paranoïaque qui la conduit au bord de la folie. Mes films sont hantés par les personnes disparues, l’héroïne de Mi Amor est sans doute l’une de mes protagonistes la plus malmenée par la perte d’un être cher. »
Mi Amor (dans les salles le 6 mai) déroule une réaction en chaine d’actions marquées par l’inquiétude et le suspense, symptomatique du thriller… « Angoisse et malaise, dit Nicloux, doivent profiter à l’héroïne afin d’alimenter un terreau humain qui irrigue la structure narrative. C’est cet équilibre complexe qu’il faut maintenir, le maillage entre suspense et conflits psychologiques. Comment construire une intrigue dont le personnage central agit en permanence sur le récit. »
Ayant placé son récit sous le signe du surnaturel, voire du fantastique, teintés de spiritualité, qui affleurent en permanence dans le film, le metteur en scène note : « Je m’intéresse autant à ce que je vois qu’à ce que je crois percevoir. Certaines histoires permettent l’affleurement d’un réalisme magique et Mi Amor en fait partie. Je suis attiré par les films où l’irrationnel mobilise une attention particulière, quand l’imaginaire du spectateur devient un élément participatif du film. J’affectionne les moments où la suggestion devient plus forte que la vision, surtout lorsque contradiction et paradoxe s’en mêlent. »
Dotée d’un courage inné, Romy, l’héroïne, ne sait pas ce qu’elle va accomplir, elle ignore qu’elle va aller au bout d’elle-même au cœur des ténèbres. « C’est l’enjeu du thriller, dit encore Nicloux. Tout héros doit à un moment prendre la ou les mauvaises décisions. Romy ne devrait pas aller dans cette direction pourtant elle s’y engage sans faillir. J’ai toujours été frappé par les personnages des romans de Patricia Highsmith, cette volonté chez eux de vouloir s’en sortir en se jetant dans les abysses. »
Pour incarner Romy (au côté de Benoît Magimel en patron de night-club), le réalisateur a choisi Pom Klementieff, découverte en 2012 dans Les Kaïra de Franck Gastambide. L’année suivante, Spike Lee lui donne un rôle remarquable dans Old Boy, le remake du film coréen du même nom. L’actrice, native du Québec, s’installe à Los Angeles. On la voit dans le blockbuster de super-héros Les gardiens de la galaxie vol. 2 où elle tient le rôle de la télépathe Mantis, qu’elle reprend dans quatre suites pour les studios Marvel. Elle rejoindra ensuite le casting des deux derniers volets de la saga Mission impossible aux côtés de Tom Cruise.
Agé de 22 ans, Guillaume Nicloux démarre, en 1988, un cycle filmique dont les scénarios sont rédigés selon un principe d’écriture automatique. Il tourne ainsi La piste aux étoiles, Les enfants volants et termine son cycle expérimental en réalisant pour Arte un film sans scénario, écrit au jour le jour, La vie crevée avec Michel Piccoli.
Après un passage par l’écriture de romans, il reprend son activité de cinéaste avec Le poulpe (1997), une comédie très décalée qui sera suivi d’une trilogie consacrée au film noir avec Une affaire privée (2002) avec Thierry Lhermitte et Marion Cotillard, Cette femme-là (2003) avec Josiane Balasko et Eric Caravaca et enfin La clef (2007) avec Guillaume Canet et Vanessa Paradis.
Dans les années 2010, Guillaume Nicloux renoue avec des projets plus introspectifs comme La religieuse d’après Diderot, L’Enlèvement de Michel Houellebecq, avec Michel Houellebecq lui-même, récompensé du prix du meilleur film au festival des films du monde de Montréal. Il tournera ensuite deux films avec Gérard Depardieu : Valley of Love (2015) et The End (2016). Plus près de nous, Nicloux a réalisé Sarah Bernhardt, La divine dans lequel Sandrine Kiberlain incarne la grande dame du théâtre qui apparaît comme une femme libre, notamment sexuellement, ainsi que sur le plan politique.
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