
« Michael »: Jaafar Jackson
se glisse dans la peau de la star. DR
STAR.- Quelque part, à Gary, petite cité industrielle de l’Indiana, le jeune Michael Jackson, huitième d’une famille de dix enfants, apprend rudement ce qu’est l’industrie du show-biz. Car Joseph, le père, a la manière musclée et joue volontiers du ceinturon pour faire entrer la musique dans la peau du gamin. Dès l’âge de six ans, il chante avec ses frères Marlon, Jackie, Randy et Tito et commence, avec eux, une carrière professionnelle à onze ans au sein des Jackson Five. C’est le temps de titres à succès comme I Want You Back ou Never Can Say Goodbye et des tournées dans un Combi VW déglingué… Tandis que Joseph Jackson qui clame qu’il faut « être des gagnants ou rien », organise la vie de la famille et s’applique à faire les meilleures affaires possibles, Michael, sous le regard tendre de sa mère, se plonge, au milieu de ses peluches, dans les aventures de Peter Pan, s’imagine déambuler dans Neverland et rêve d’être entouré d’animaux…
Un jour, Suzanne de Passe, productrice de musique, remarque Michael Jackson sur scène. Elle contacte Berry Gordy, le fondateur du mythique label Motown Records : « Il ira loin avec cette voix !» Michael a 10 ans. Pour la pub, on lui en donne 8. Bientôt, il enregistre et se retrouve au sommet des charts. Mais, chez lui, il regarde Gene Kelly danser dans les flaques de Singing in the Rain (1952) tout en s’occupant de Louis, son lama et de Bubbles, son chimpanzé. « Je ne suis pas comme les autres enfants », dit-il à sa mère qui lui répond : « Tu vas faire briller la lumière ! »
Il va travailler avec Quincy Jones, enregistrer son premier album solo et gérer sa difficile relation avec un père très inquiet de voir sa poule aux œufs d’or lui échapper. C’est le temps de l’album Off the Wall et du titre Don’t Stop ‘Til You Get Enough, première chanson que Michael Jackson a écrite entièrement. N’arrête pas tant que tu n’en as pas eu assez ! C’est bien alors le credo de Michael Jackson…

« Michael »: Le tournage
du célèbre clip Thriller. DR
Connu pour ses films d’action violents (Training Day en 2001, Shooter, tireur d’élite en 2007 ou la série Equalizer de 2014 à 2023), l’Américain Antoine Fuqua passe, à son tour, par la case biopic avec Michael (USA – 2h08. Dans les salles le 22 avril) . « Lorsque Michael Jackson montait sur scène, le monde s’arrêtait, dit le dossier de presse. Il était directement connecté à l’âme et au rythme de son temps. L’entertainer absolu. Un chanteur qui filait la mélodie en pure émotion. Un visionnaire mariant le son avec le spectacle. Un pionnier qui brisait les barrières. Un maître de la réinvention qui nous encourageait à questionner notre propre reflet dans le miroir. » De fait, le film montre bien la manière dont Michael Jackson (1958-2009) travaillait avec une énergie et une quête presque maniaque de la perfection. On mesure aussi l’extraordinaire engouement de ses fans. Michael passe en revue aussi bien les prestations scéniques (les enregistrements vidéo ou les spectacles en scène) que la vie privée. On évoque ainsi la dépigmentation de sa peau, son opération du nez (« Je dois être parfait »), ses visites fréquentes à des enfants malades et évidemment des moments prestigieux comme le clip Thriller et ses zombies ou émouvants avec l’adieu aux Jackson 5 au dernier jour du Victory Tour en 1988 à Londres.
Tout cela est bien fait, parfaitement huilé, tout à fait rythmé (on entend nombre de titres célèbres) et, pour sa première apparition au grand écran, Jaafar Jackson, 29 ans, le neveu de Michael, est plus que crédible, maniant parfaitement le fameux Moonwalk avec un look très reconnaissable… Pour le reste, tout cela est aussi parfaitement lisse. Sur un post-it, la star a noté « Tes rêves dépassent ta peur ». Ici, le rôle du méchant incombe à Joe, le père, que Michael finira par virer de son statut de manager personnel d’un simple fax envoyé par John Branca, son nouveau manager.
A travers les multiples références à Neverland, on évoque, entre les lignes, le syndrome de Peter Pan dont on peut légitimement penser que Bambi souffrait. Rien non plus sur les accusations de pédophilie qui ont émaillé les années de Michael Jackson. Mais, on le comprend bien, ce n’est pas exactement ce que les fans veulent entendre en venant voir l’histoire de celui qui disait : « Je dois faire briller ma lumière pour divertir et guérir… »

« La poupée »: Audrey (Zoé Marchal)
et Rémi (Vincent Macaigne). DR
CONTE.- Employé de la société Gazonzon, spécialisée dans le gazon synthétique, Rémi Allard n’est pas vraiment heureux. Il n’a jamais réussi à se remettre du départ de la femme avec laquelle il a vécu de longues années. Alors, parce que c’est plus simple finalement, il s’est mis en couple avec une poupée. Elle s’appelle Audrey. Elle le regarde fixement manger sa blanquette sortie du micro-ondes et constater « Je préfère les Picard ». Elle est aussi à côté de lui dans le canapé quand il regarde, à la télévision, des documentaires sur De Gaulle ou Winston Churchill. Au bureau, Rémi parle souvent d’Audrey et raconte leurs fréquentes sorties en parapente. Mais les collègues aimeraient bien quand même rencontrer cette Audrey et il en va de même pour les parents, bourgeois aisés, de Rémi. Seule Domi, la sœur de Rémi, est au courant. Un jour, pour suppléer un collègue en congé parental, débarque au bureau la pétulante Patricia. Ce jour-là, Audrey va mystérieusement prendre vie.
Grandie à Lyon puis Londres et New York, Sophie Beaulieu, normalienne et agrégée de linguistique anglaise, a enseigné quelques temps avant de se consacrer à l’écriture d’une pièce loufoque et subversive dans laquelle elle joue puis de passer au cinéma avec trois courts-métrages. Son premier long-métrage, La poupée (France – 1h20. Dans les salles le 22 avril), joue clairement la carte du conte farfelu, voire absurde.
Ce n’est pas la première qu’une poupée est en « vedette » dans un film. En 2002, Valérie Guignabodet signait Monique : toujours contente. On y suivait les aventures d’Alex (Albert Dupontel), en pleine crise de la quarantaine qui, à la suite d’une erreur, a acheté sur internet, Monique, une poupée moulée en silicone dernier cri. Avantages par rapport à une femme réelle : elle est toujours disponible, toujours heureuse, compréhensive, ne fait pas de crises, ne pleure pas. Alex est séduit. Son entourage beaucoup moins.

« La poupée »: Rémi
et Patricia (Cécile de France). DR
Aussi curieux que cela puisse paraître avec une poupée gonflable évoquant facilement un univers à priori très sexualisé, le ton, ici, est bien plus joyeux et plus… féministe ! « Mon sujet, dit Sophie Beaulieu, c’est l’émancipation d’Audrey, qui va arriver grâce à ses rencontres avec différents personnages féminins, dont celui de Patricia. Il y a un effet miroir entre les deux femmes. Contrairement à Audrey, poupée vivante, Patricia a des codes de féminité différents. Elle peut être à côté de ce qui est attendu des femmes. Mais si elle est décalée, elle est libre aussi, et cela sans renoncer à l’amour. Et ça fonctionne tout de suite avec Audrey. »
Entre l’atmosphère plutôt bon enfant du bureau et les paysages apaisants du lac de Vouglans dans le Jura, ce conte (doucement) satirique se déroule tandis qu’on se demande où il va nous conduire. De fait, on est contraint, malgré une réalisation chaleureuse, de constater que ça ne va pas très loin.
Heureusement, les comédiens tiennent le bateau à flots. Vincent Macaigne (Rémi), abonné aux hommes en perdition, la joue une nouvelle fois avec maîtrise . Zoé Marchal, découverte dans Lolo (2015) de Julie Delpy dans lequel elle jouait la fille de Dany Boon, est Audrey, une poupée qui se révèle être une femme à qui on ne la fait pas. Adèle Journeaux est une Domi, lesbienne très déjantée. La palme revient à Cécile de France. Sa Patricia frisée est impayable lorsqu’elle dit, tout de go : « J’ai arrêté les hommes. Je me masturbe beaucoup ! »
« Je désamorce, je fais sourire, mais je n’élude rien », dit la cinéaste. On attend de la revoir.

« Compostelle »: Adam (Julien Le Berre)
et Fred (Alexandra Lamy).
CHEMIN.- Fred est dans la panade. Elle vient de se faire virer de son boulot de prof pour avoir giflé une élève. Par ailleurs, son amoureux a mis fin à leur relation et la fille de Fred part faire des études au Canada. Pour mettre de la distance entre elle et sa mère. Par l’entremise d’une copine, Fred va rejoindre une association qui s’occupe de remettre sur le bon chemin des mineurs délinquants. Si on l’accueille avec circonspection -pourquoi a-t-elle mis une gifle ?- Fred va pourtant postuler et s’accrocher.
Si bien qu’on va lui confier un grand adolescent/jeune adulte qui vient de passer, une fois de plus, devant le juge des enfants. Cette fois, plus de nouvelle clémence. Multirécidiviste, Adam n’a plus le droit, avant le retour derrière les barreaux, qu’à une ultime chance. Ce sera une marche de rupture sur le chemin de Compostelle. Fred sera son accompagnatrice. Optimiste, elle affirme : « Redonner une seconde chance, je saurai faire ». Mais partir avec cet Adam, qui ne croit plus à rien sinon à retrouver une mère qui ne veut plus de lui, ne sera pas une mince affaire. Voilà pourtant, Fred et Adam dans la basilique du Puy-en-Velay, prêts à partir sur la via podiensis puis la via Francès vers St Jacques de Compostelle. Un voyage de quelque cinq mois à raison de 25 kilomètres par jour…
En s’inspirant librement de Marche et invente ta vie, le livre de Bernard Ollivier, le réalisateur Yann Samuell, découvert en 2003 avec Jeux d’enfants, signe, avec Compostelle (France – 1h54. Dans les salles le 1er avril), une aventure qui commence, symboliquement, par une trappe s’ouvrant dans le sol de la cathédrale comme un symbole du passage de l’ombre à la lumière. C’est à ce moment que Samuell choisit de changer de cadre comme pour élargir l’horizon. La première partie de l’histoire est filmée en 4/3, pratiquement une image carrée, pour montrer que dans leur vie d’avant, Adam autant que Fred sans doute, étaient bloqués entre des murs qu’ils s’imposent, comme dans un univers carcéral.

« Compostelle »: Sur le chemin…
Photos Marie-Camille Orlando
Pour ses deux personnages qui n’ont, à priori, pas grand-chose en commun, Compostelle va apparaître comme une quête intérieure, un chemin spirituel vers soi-même. Mais rien, ici, de lourdingue, de préchi-précha, voire de pieux même si Compostelle a certainement un fond un peu mystique. Il y a de l’air, du soleil, de la pluie aussi parfois, dans les vastes et beaux paysages que Fred et Adam arpentent. Et même lorsqu’ils sont reçus dans un couvent aux sombres salles, Adam apporte de la grâce en rapant sur un bel Ave Maria : « Marie, je t’écris cet Ave Maria pour le jour où tu ne seras plus là » . Tel un (jeune) Valjean d’un autre temps, il partira -vol ou cadeau ?- avec une petite statue de la Vierge à l’enfant qui adoucira peut-être son besoin inextinguible d’une mère dont il recherche l’amour en vain.
Au fil des multiples péripéties du voyage, d’un chien patou montrant les dents à la courageuse Estella qui lui tape dans le coeur, Adam apprendra à se construire malgré cette absence. Fred et Adam ont, en commun, l’abandon mais aussi la quête de la famille. Le gamin le dit : « On se déteste, on s’aime, c’est ça une famille… », sous-entendu « mais au moins, on est ensemble. »
Souvent cantonnée au registre comique, Alexandra Lamy incarne une Fred tour à tour inquiète, fatiguée, traversée par le doute mais lumineuse et qui pense : « Aider les autres, c’est aussi s’aider soi-même ». Avec le personnage d’Adam, Julien Le Berre décroche son premier rôle au cinéma. Avec sa jolie petite gueule frisée, il incarne remarquablement un adolescent délinquant explosif et même odieux auquel on a envie de mettre des baffes avant de glisser vers une (difficile) prise de conscience qui l’amènera à se redresser…