Juste une image…

Au 17e siècle, Loudun, cité de la Vienne, au sud de Chinon, se retrouve sous la menace du Cardinal Richelieu, soucieux de soumettre les villes fortifiées pour étendre son pouvoir et celui du Roi Louis XIII. Temporairement responsable de Loudun suite au décès de son gouverneur, le prêtre Urbain Grandier (Oliver Reed) s’oppose fermement au Baron de Laubardemont et à ses sbires, venus détruire les fortifications de la ville. Mais la situation dérape lorsque la mère supérieure Jeanne des Anges (Vanessa Redgrave), membre du couvent de Loudun, est sujette à des fantasmes et délires hallucinatoires, résultant de son attirance pour Grandier. Des opposants de ce dernier vont alors chercher à utiliser le témoignage de sœur Jeanne pour décrédibiliser le prêtre…
Réalisé en 1971, The Devils est indéniablement le film le plus controversé de la carrière de Ken Russell (1927-2011) mais également l’un de ses chefs d’oeuvre ! Douzième long-métrage du cinéaste britannique, Les diables a été présenté, au mois de mai dernier, sur la Croisette dans le cadre de Cannes Classics. Une occasion de découvrir la toute nouvelle version restaurée intégrale de cette œuvre qui fit scandale à sa sortie. Cette version director’s cut sort dans les salles en France le 28 octobre et elle sera présentée, le mardi 3 novembre, au Palace de Mulhouse dans le cadre d’Habemus Ciné, le ciné-club oecuménique organisé en partenariat avec le Centre Porte Haute, Sainte Marie – Eglise Centre Ville et le Conseil presbytéral de Mulhouse.
Baroque, débridé, très représentatif de la démesure d’un certain cinéma britannique des années 1970 mais avec une mise en scène totalement maîtrisée, Les diables prend pour sujet l’affaire des diables de Loudun. Survenue dans la France du 17e siècle, cette chasse aux sorcières lancée par Richelieu à l’encontre du prêtre Urbain Grandier, impliquait également des nonnes, possédées par le démon. L’épisode inspira bien sûr la littérature et Russell adapte ainsi le livre Les possédés de Loudun d’Aldous Huxley paru en 1952 (pour la construction) mais également la pièce Les diables de John Whiting jouée en 1960, pour les dialogues.
Peu après Love (1969), qui mettait en scène les amours non conventionnels d’un ménage à trois et The Music Lovers (1971) sur la vie très tourmentée de Piotr Illitch Tchaïkovski, Ken Russell met toute son énergie et toute sa folie dans ce qui sera son chef-d’œuvre. Décors exubérants conçus par Derek Jarman, scènes d’orgies, blasphèmes et tortures : tout est là pour choquer. Et ça ne loupe pas : la sortie du film fait scandale. Si la British Board of Film Censors (organisme britannique de classification des films) cherche à endommager le moins possible le film, certaines scènes, notamment la fameuse scène d’orgie des nonnes dans l’église, doivent être coupées, et le film est contraint de sortir sous la classification X en Angleterre et aux États-Unis.
Du côté de la critique, cette dernière est dans sa grande majorité outrée par la décadence des Diables, comme en témoigne l’article Robert Chazal, pour France soir : « Ken Russell s’est laissé emporter jusqu’au paroxysme pathologique. Pas une seconde de reflux dans cette marée montante de stupre, d’hystérie, de cruautés, de tortures et d’horreurs. On a envie de crier grâce, mais, justement, de grâce il n’y a aucune trace. » Toutefois, Hélène Tierchant de Positif prend le contrepied : « Les diables va encore plus loin que Love ou Music Lovers. Plus loin aussi dans le fond. Les Diables c’est l’exaltation de l’homme. »
Les diables, le mardi 3 novembre à 19h au cinéma Palace de Mulhouse. La séance est présentée et animée par Hervé Paradis-Murat, Joachim Trogolo et Pierre-Louis Cereja.
© DR Warner Bros.





