Juste une image…

Eté Films 2026
L’été n’est plus, comme elle le fut longtemps, la saison d’enfer des salles obscures ! Et les spectateurs auront de quoi se divertir dans des cinémas climatisés…
ON L’APPELAIT ROBIN DES BOIS.- Evidemment on pense au flamboyant Errol Flynn chez Michael Curtis en 1938 ou au personnage vieillissant incarné par Sean Connery dans La rose et la flèche (1975) mais non, c’est un Hugh Jackman complètement hirsute et même sale qui se glisse dans la peau du mythique bandit de la forêt de Sherwood ! Hanté par son passé après une vie de crimes et de violence, Robin des Bois est laissé pour mort à l’issue d’un combat qu’il pensait être le dernier. Recueilli par une femme mystérieuse, il se voit offrir une ultime chance de rédemption… Une relecture sombre du célèbre hors-la-loi… (1er juillet)
LA BATAILLE DE GAULLE – J’ECRIS TON NOM.- Là, on sait à quoi s’en tenir. Le premier volet de la fresque d’Antonin Baudry est déjà sur les écrans et elle mérite le détour. On attend donc avec une certaine impatience de se replonger dans cette épopée de la France libre et de la résistance à travers la marche héroïque de De Gaulle. Le second volet se concentre sur les dernières années de la Seconde Guerre mondiale, marquée par les exploits du général Leclerc ou l’entrée en scène d’Henri Giraud (Thierry Lhermitte), rival du général de Gaulle pour la direction des forces alliées françaises. Simon Abkarian est impressionnant dans le rôle de De Gaulle. (3 juillet)
VAIANA, LA LEGENDE DU BOUT DU MONDE.- Répondant à l’appel de l’océan, Vaiana s’aventure pour la première fois par-delà le récif de son île de Motunui. Accompagnée du célèbre demi-dieu Maui, elle embarque pour un voyage inoubliable destiné à permettre à son peuple de retrouver sa prospérité… On sait que Disney a choisi, depuis un moment déjà, de passer ses meilleurs films à la moulinette de la live-action, autrement dit de remplacer le dessin animé par des personnages en chair et en os filmés en prises de vue réelles. C’est la jeune comédienne australienne de 19 ans Catherina Laga’aia qui fera ses débuts en Vaiana tandis que le puissant Dwayne Johnson n’aura guère de mal à incarner le demi-dieu Maui… (8 juillet)
LE TRIANGLE D’OR.- Dans la capitale française, le « triangle d’or » est un grand pâté de maisons, du côté des Champs, des avenues Montaigne et George V, un coin où les loyers sont très chers… C’est là que la réalisatrice française Hélène Rosselet-Ruiz a planté le décor de son premier film. Elle raconte comment Laura, avant d’intégrer l’armée, se fait embaucher au service de Souria, l’amante d’un riche Saoudien, installée dans un hôtel particulier. Un huis-clos dans une prison dorée où la confrontation entre les deux femmes va devenir paroxystique… Avec Soundos Mosbah (Souria) et Malou Khebizi, découverte dans Diamant brut (2024) d’Agathe Riedinger. (15 juillet)
L’ODYSSÉE.- Légendaire roi grec d’Ithaque, Ulysse entreprend un périlleux voyage de retour après la guerre de Troie. Son parcours sera marqué par des rencontres avec des êtres mythiques tels que le cyclope Polyphème, les Sirènes et la magicienne Circé, jusqu’à ses retrouvailles avec son épouse, Pénélope. C’est Matt Damon qui se glisse dans la tunique d’Ulysse en route pour retrouver sa tendre Pénélope, incarnée par Anne Hathaway, rescapée de Prada 2. Mais il y aura beaucoup plus de beau monde sur l’affiche et sur le grand écran avec Zendaya, Robert Pattinson, Tom Holland, Lupita Nyong’o, Charlize Theron, Elliot Page, Mia Goth, Jon Bernthal, Samantha Morton, Benny Safdie, John Leguizamo… Et, pour mettre l’aventure épique en scène, on a nommé Christopher Nolan qui s’y connaît en morceaux de bravoure ! (15 Juillet)
LES MATINS MERVEILLEUX.- Alors qu’elle revient de l’enterrement de sa grand-mère, Charlie est en route vers la côte d’Azur dans sa Twingo avec ses vieux disques vinyles. Elle ignore encore que ces disques feront renaître, dans les yeux humides de Titou, un caviste rêveur (Eric Cantona), les pas de danse de sa mère. Charlie s’installe bientôt dans une station balnéaire déserte et fera de curieuses rencontres dans ses pérégrinations, notamment avec Marina qui travaille dans la pizzeria du village.
Premier long-métrage d’Avril Besson, Les matins merveilleux est une histoire d’amitié aussi pour la production. La cinéaste, tout comme India Hair, l’interprète de Charlie, sont amies depuis la Femis. Quant à Raya Martigny, qui joue Marina, elle s’est glissée avec aisance dans l’univers d’Avril Besson… (29 juillet)
L’INCONNUE.- A l’aube de ses quarante ans, David Zimmerman est photographe, du moins en théorie, car personne ne connaît son travail. Solitaire et effacé, il se laisse un soir entraîner à une fête par quelques amis. Il y rencontre une femme aussi fascinante qu’énigmatique, avec laquelle il passe la nuit. Au réveil, l’impensable s’est produit : David se retrouve prisonnier du corps de l’inconnue.
Troisième long métrage du réalisateur Arthur Harari, librement adapté de la bande dessinée Le cas David Zimmerman, coécrite avec son frère, Lucas Harari, L’inconnue est un œuvre fantastique mêlant « chronique urbaine réaliste, de l’enquête, du mélodrame et de la rêverie ». Le film marque le retour à l’écran de Léa Seydoux en mystérieuse Eva au côté de Niels Schneider qui joue David Zimmermann. (26 août)
JUSTE POUR UNE NUIT.- Dans une société où les relations sexuelles avant le mariage sont légales pendant seulement une nuit de toute une année calendaire, un homme nommé Owen et une femme nommée Allie cherchent une partenaire.
Probablement la comédie romantique de l’été ! D’abord parce qu’il réunit un bien joli duo avec la Californienne Monica Barbaro qui a tenu l’un des principaux rôles du biopic de Bob Dylan, celui de Joan Baez, dans le film Un parfait inconnu (2024) et le Londonien Callum Turner, connu pour avoir incarné Thésée Dragonneau, le frère de Norbert Dragonneau, dans les films Les animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald (2018) et Les animaux fantastiques : Les secrets de Dumbledore (2022). Ensuite parce que le ton de cette comédie ne manque pas de piquant dans le regard qu’elle porte sur une société puritaine… (26 août)
THE DOG STARS.- Depuis une dizaine d’années, une mystérieuse et dévastatrice pandémie a décimé les Etats-Unis. Hig, un jeune pilote, survit sur une base aérienne abandonnée du Colorado avec son chien Jasper et un vieux soldat mal embouché, Bangley. Lorsque son Cessna 182 capte une transmission radio, il reprend espoir en une terre accueillante et une vie agréable…
Après House of Gucci (2021), Napoléon (2023) et Gladiator 2 (2024), Ridley Scott fait son retour en adaptant le roman La constellation du chien, paru en 2012, de l’Américain Peter Heller. Dans un monde post-apocalyptique, on retrouve, dans le rôle de Hig, Jacob Elordi, vu dans le Frankenstein de Guillermo del Toro (2025) en compagnie de Josh Brolin (Bangley), excellent dans des films comme No Country for Old Men (2007), W. : L’improbable président (2008), Harvey Milk (2009) ou Sicario (2015). A leurs côtés, on reconnaitra Guy Pearce (L.A. Confidential ou The Brutalist) et Margaret Qualley (The Substance). (26 août)

© DR

 

La critique de film

Le général et les cantatrices  

"La bataille...": De Gaulle (Simon Abkarian), Leclerc (Nils Schneider), Darlan (Mathieu Kassovitz). DR

« La bataille… »: De Gaulle (Simon Abkarian), Leclerc (Nils Schneider),
Darlan (Mathieu Kassovitz). DR

FRANCE.- Le 17 mai 1940, à Montcornet, dans l’Aisne, à la tête d’une colonne de chars, un colonel inconnu coiffé d’un casque de cuir, mène une contre-attaque de l’Armée française contre des unités de la Wehrmacht. Les troupes de la 4Division française cuirassée prennent plusieurs points stratégiques avant de se replier, sur ordre, avec 23 chars détruits sur les 85 initialement engagés, tandis que la 10e Panzerdivision poursuit son avancée sans aucune perte matérielle mais avec de lourdes pertes humaines.
Le principal succès de la bataille de Montcornet, qui mettra le colonel Charles de Gaulle en lumière (et qui lui vaudra d’être promu général) est moral. Cette bataille est l’une des rares de la campagne de France où les Français sont parvenus à repousser les troupes allemandes pendant quelques heures…
Pourtant, en juin 1940 , la France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.
Présenté hors compétition en sélection officielle à Cannes, La bataille de Gaulle – L’âge de fer (France – 2h40. Tout public avec avertissement. Dans les salles le 3 juin) s’ouvre sur un maelström de sons avec « Quand notre coeur fait boum » de Charles Trenet, les vociférations d’Hitler, les voix de Radio Paris ou encore le triste « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat » lancé à la radio le 17 juin 1940 par Pétain et annonçant l’armistice avec les Allemands.
Remarqué, sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, pour la bande dessinée Quai d’Orsay (2010) puis, au grand écran, sous son vrai nom, avec son premier long-métrage Le chant du loup (2019), Antonin Baudry s’est lancé dans un grand diptyque biographique et historique dont le scénario repose sur De Gaulle : une certaine idée de la France, le livre, paru en 2019 au Seuil, de l’historien britannique Julian T. Jackson.
« Le personnage de de Gaulle, dit le cinéaste, m’intéresse depuis que je suis ado. J’ai lu Le Fil de l’épée quand j’avais 17 ans, ainsi qu’une biographie par Jean Lacouture, mais l’aspect icône du personnage m’en éloignait. Et puis je suis tombé sur la biographie de Julian Jackson qui a modifié ma perspective, peut-être parce que l’auteur était anglais et que son livre échappait au côté “monument national français”. De plus, il recelait de nombreux témoignages de première main, rédigés à l’époque, en direct, et non reconstitués après coup : par exemple, quelqu’un qui note dans son carnet : “Cet après-midi, j’ai rencontré un type étrange, qui semblait sortir du Moyen-Âge”… »

"La bataille...": les troupes de la France libre dans les sables de Libye. DR

« La bataille… »: les troupes de la France libre dans les sables de Libye. DR

On plonge sans peine et avec intérêt dans une vaste fresque qui emporte le spectateur dans le Londres des années quarante (reconstitué en studio) dans les pas d’un général complètement seul mais totalement convaincu de son destin, en l’occurrence d’incarner la France de la résistance et plus encore de la liberté. Mais, à Londres, face à des Anglais hautains, voire méprisants, De Gaulle aura fort à faire pour convaincre même si Winston Churchill, avec lequel De Gaulle forme un duo tragi-comique, semble fasciné par la personnalité de cet interlocuteur français quasiment marginal…
Tandis qu’en France, quelques jeunes gens, bien seuls eux aussi, tentent de faire briller la flamme de la résistance, De Gaulle, traité de « traître » par Vichy, déchu de sa nationalité française et condamné à mort, s’empare de l’outil radiophonique. Sur les ondes de la BBC, même si on peut penser que peu l’entendent, il lance des appels pour mettre l’honneur face à l’humiliation. Et puis cet homme droit et raide qui dit « Nous sommes la France », va connaître ses premiers appuis, des pêcheurs de l’île de Sein à Pleven, Leclerc, Koenig. Avec eux, De Gaulle veut « reprendre l’Afrique », faire de Dakar, la capitale de la France libre. Rien ne semble pouvoir entamer la détermination de De Gaulle même si le président américain Roosevelt considère que la France libre est un conte de fées et De Gaulle un pantin…
Antonin Baudry, tout en racontant l’Histoire, de la destruction de la flotte française à Mers el Kébir à l ‘héroïque bataille de Bir Hakeim (« Dites à Koenig que toute la France les regarde et qu’ils seront son orgueil! ») en passant par la mort de l’amiral Darlan abattu à Alger par un jeune résistant, s’attache autant à la figure publique du général qu’à ses facettes intimes. « De Gaulle, dit Baudry, a aussi connu de grands moments de doute. À Dakar, il a pensé en finir. C’était un grand mélancolique. J’aime aussi la scène où il savonne son corps dans la baignoire, ce contraste entre le gigantesque et l’intime… » Pour cela, le réalisateur peut compter sur un formidable Simon Abkarian (qui passait tous les jours près de deux heures au maquillage) qui réussit le défi extraordinaire d’exprimer l’émotion d’un personnage qui s’acharne à n’en dévoiler aucune.
La bataille de Gaulle – J’écris ton nom, second volet de cette saga française sort le 3 juillet dans les salles.

"L'objet...": Igor (Daniel Auteuil) répète "Les noces..." avec son orchestre. DR

« L’objet… »: Igor (Daniel Auteuil) répète
« Les noces… » avec son orchestre. DR

OPERA.- « Ça dure trois heures ! » dit l’un. « Ben oui, c’est un opéra ! » dit l’autre… Une équipe artistique et technique s’apprête à monter Les noces de Figaro qui doivent être bientôt données dans les ruines majestueuses du château de Lacoste, dans le Vaucluse, qui fut la demeure de marquis de Sade… Igor, le chef d’orchestre, est ravi de retrouver la baguette pour diriger cet opera buffa et tout heureux de savoir que le rôle de la comtesse sera tenu par Hannah Liebmann, la célèbre cantatrice qui partagea autrefois, un temps, sa vie. Mme Liebmann, de retour en France après des contrats à l’étranger, apprend par son frère, que leur père est en train de perdre la tête. La mise en scène a été confiée par le producteur Nicolas Poirier, un roi des nuits parisiennes, à la gracile Mirabelle, une icône de la mode, qui s’excuse constamment de tout et de rien auprès de son équipe. Quant au mécène Pastourel, il n’a pas hésité à mettre une grosse somme dans la production… à condition que sa fille chante le rôle de Suzanne.
Alors que Mirabelle réclame d’immenses phallus dans le décor pour dire combien Les noces… donnent une image forte du patriarcat, Sophie se plaint que, pendant une répétition, le baryton italien Piazzoni, l’interprète du comte Almaviva, ait commis une agression sexuelle sur sa personne. Très vite, portée par Cora, qui chante Chérubin, le ton monte et provoque des tensions dans l’équipe. On apprend aussi que, sur les réseaux sociaux, une fameuse chanteuse d’opéra va publier une liste de personnalités ayant eu des comportements inopportuns. Igor commence à s’inquiéter sérieusement. La vague #MeToo va-t-elle s’abattre sur le monde de l’opéra ?
Présenté hors compétition à Cannes en mai dernier, L’objet du délit (France – 2h13. Dans les salles le 27 mai) marque le retour à la réalisation d’Agnès Jaoui après la disparition, en 2021, de Jean-Pierre Bacri, son compagnon et co-scénariste, auquel le film est dédié.

"L'objet...": Cora/Chérubin (Eye Haïdara) et Hannah/la comtesse (Agnès Jaoui). DR

« L’objet… »: Cora/Chérubin (Eye Haïdara)
et Hannah/la comtesse (Agnès Jaoui). DR

L’intrigue est née du désir de la réalisatrice de partager son amour de l’opéra avec le public mais aussi d’évoquer « ses expériences en tant qu’actrice et réalisatrice dans une industrie dominée par les hommes ». De fait, la production a bénéficié d’un programme de formation, mené par le CNC, visant à prévenir les incidents d’agression sexuelle. Et Agnès Jaoui a décrit le tournage comme une expérience « méta » en notant: « Des personnes sont venues sur le plateau pour nous sensibiliser pendant des heures. Dans le film, il y a aussi des scènes où tout le monde se réunit pour parler de ce qui s’est passé. »
L’objet du délit fait entrer le spectateur, sur des airs des Noces, comme le fameux Voi che Sapete, dans les coulisses d’une ambitieuse production d’opéra. C’est l’occasion de découvrir l’envers du décor à travers des personnages tour à tour savoureux, naïfs, crispants, touchants comme Samir, le nouveau régisseur qui n’a jamais mis les pieds sur un plateau d’opéra ou graves à l’image de Hannah Liebmann qui souffre de presbyphonie, le vieillissement naturel de la voix.
Indéniablement, les tensions nées de l’accusation d’agression sexuelle de Piazzoni, en mettant en péril la production et en forçant chacun à prendre position, installe une forme de suspense. D’autant que, comme il est dit, aux premières images du film, « quand chacun a sa conscience de la justesse, arrive la cacophonie ».
Mais porté par les sublimes airs de Mozart, L’objet du délit acquiert à ce titre une forme de grâce qui fait de cette aventure artistique un beau moment de cinéma. Car, in fine, Les noces de Figaro se joueront dans la nuit de Provence. Sur scène, on assiste au mariage de Figaro et de Suzanne ainsi qu’à la réconciliation d’Almaviva et de la comtesse aux accents de Contessa perdono… Questo giorno di tormenti. Mais, dans la coulisse, Piazzoni peut se faire du souci pour la suite de sa carrière. Quant à Hannah, elle a le mot de la fin pour Igor : « Tu ne comprends rien ! »

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