Juste une image…
Juliane et Marianne sont deux sœurs qui grandissent dans l’Allemagne d’après-guerre, au sein d’une famille de pasteurs protestants. Tandis que Marianne est d’un caractère doux et calme, sa sœur est une jeune rebelle. Elles vont participer au mouvement contestataire étudiant de la fin des années 1960, mais chacune le fait d’une manière différente. Marianne s’engage dans une organisation terroriste d’extrême gauche. Juliane, elle, continue à militer dans la légalité, dans la mouvance féministe, devenant rédactrice dans une petite revue.
Marianne finit par être arrêtée par la police et jugée. Elle est placée en cellule d’isolement. Juliane est la seule personne qui vient lui rendre visite. Un jour, alors qu’elle est en vacances en Italie, Juliane apprend la mort de sa sœur, qui se serait suicidée en prison. Tout comme son père, elle refuse de croire à cette version des faits. Elle mène une enquête approfondie, mais qui n’aboutit à rien, d’autant plus que les groupes politiques qu’elles avaient fréquentés se désintéressent totalement de l’affaire. Elle commence alors à s’occuper du fils de sa sœur, désormais orphelin, qui en veut à sa mère de l’avoir abandonné.
Figure marquante du nouveau cinéma allemand des années 1960-70 et du « Frauenfilm » des années 1970-80, Margarethe von Trotta, 84 ans, se penche, avec Die Bleierne Zeit (en v.o.), qu’elle réalise en 1981, sur l’une des grandes crises de la société allemande. Les années de plomb est le second volet d’une trilogie qui s’ouvre en 1979 avec Les sœurs et s’achève en 1988 avec Trois sœurs. C’est l’occasion pour la cinéaste de traiter sans concession de l’hypocrisie de la société contemporaine à travers le passé de l’Allemagne, tant à travers le nazisme que les activités de la Bande à Baader.
Couronné du Lion d’or à la Mostra de Venise, le film s’inspire des vies de Christiane et Gudrun Ensslin, cette dernière fut la cofondatrice, avec Andreas Baader puis Ulrike Meinhoff, de la Fraction Armée Rouge (RAF), un mouvement terroriste d’extrême-gauche qui sévit, dans l’Allemagne de l’Ouest puis dans l’Allemagne réunifiée, de 1970 à 1998, et proclamant qu’il ne saurait « exister de lutte des classes sans résistance armée ». Le groupe se fera remarquer par des attaques de banques, des vols de véhicules et de documents, qui avaient pour but de subvenir aux besoins de la vie clandestine.
En avril 1971, la RAF sort de l’anonymat et s’exprime publiquement en distribuant un prospectus intitulé Le concept de guérilla urbaine. C’en est trop pour les autorités qui déclenchèrent dans toute la RFA une vaste opération de recherches de la cinquantaine de membres du groupe.
En mai 1972, la RAF dirige ses attentats à la bombe contre des bâtiments militaires américains et des institutions publiques. Les cinq attaques à la bombe perpétrées en 1972 font quatre morts et 30 blessés. Le 11 mai 1972, un commando fait exploser une bombe au Terrace Club à Francfort, quartier général de la 5e armée américaine, tuant un lieutenant américain et blessant gravement treize autres personnes. Baader, Ensslin et Meinhof ainsi que les principaux dirigeants de la première génération de la RAF sont arrêtés en juin 1972.
Ils sont incarcérés à la prison de Stuttgart-Stammheim et décrivent leurs conditions de détention comme une « torture par l’isolement ». Une deuxième génération se forme après l’arrestation de Baader, Ensslin, Meinhof et consorts. Ces terroristes commettront enlèvements, prise d’otage à l’ambassade d’Allemagne de l’Ouest à Stockholm avant que le pays connaisse le fameux et tragique « Automne allemand » de 1977 marqué par un climat de terreur et d’oppression en Allemagne de l’Ouest, caractéristique de l’apogée de la RAF des années de plomb, précipitant son déclin avec la mort des derniers leaders historiques.
Une page de cette épopée tragique se tourne lors de la « Nuit de la mort » qui a pour cadre le quartier de haute sécurité de la prison de Stammheim. Le 18 octobre 1977, Andreas Baader, Gundrin Ennslin, Jan-Carl Raspe sont retrouvés mort dans leurs cellules. L’enquête officielle conclura à un suicide collectif. Mais des voix s’élèvent pour dire que le trio a été « exécuté » par les autorités. Pour sa part, Ulrike Meinhof s’était suicidée, par pendaison, dans sa cellule le 9 mai 1976.
Le même 18 octobre 1977, Hanns Martin Schleyer, le patron des patrons allemand, est enlevé. Le 5 septembre de la même année, il est assassiné et son corps sera retrouvé le lendemain dans le coffre d »une voiture stationnée rue Charles Péguy à Mulhouse.
Les années de plomb, le mardi 12 mai à 19h30 au Palace, avenue de Colmar à Mulhouse. La séance est présentée et animée par Pierre-Louis Cereja.
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